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en Martinique

A la différence de la Guadeloupe, en Martinique l’urbanisation modérée, s’est développée sur la zone côtière. Autour de l’exploitation agricole de la canne à sucre dans la moitié sud de l’île. Sur les terres basses aux sols profonds, à l’exception de la ville de Fort-de-France.

La zone côtière est le domaine par excellence de la grande propriété.
Caractérisé par une topographie tourmentée et par un relatif enclavement. Le Nord de la Martinique abritait sur sa côte caraïbe, jusqu’au 8 mai 1902, l’ancienne capitale de la Martinique, Saint-Pierre. L’éruption meurtrière de la Montagne Pelée raya la ville de la carte.
La zone intermédiaire du Nord Atlantique comprise entre 150 et 400 mètres d’altitude, est dominé par l’agriculture d’exportation. C’est le domaine de la petite propriété.
La zone se caractérise par une insuffisance d’équipements structurants, susceptibles de contribuer à la diversification desactivités économiques.
Le bourg de Saint-Pierre fut fondé le 15 septembre 1635, par Pierre Belain d’Esnambuc à l’embouchure de la rivière Roxelane.
Il fit édifier sur place un fort autour duquel s’organisa le bourg, composé d’une place d’armes et de magasins du roi.
Au plus près du bourg, fut édifié en 1678, une modeste église paroissiale en maçonnerie.
La communauté des Jésuites déservant la paroisse, se vît confier une vaste concession, limité au nord par la rivière; que l’on nomme dès lors « Rivière des Pères ».
De nouvelles concessions furent octroyées au habitants par la compagnie, sous la forme de bandes perpendiculaires au rivage. Provoquant de ce fait, une extension de l’occupation vers le sud de la rade.
La création de la paroisse du Mouillage, en 1684, officialisa le changement de statut de l’église Dominicaine. Épousant les contours du rivage, l’embryon de la colonne vertébrale du bourg, la « Grand’rue » germe. Tandis que les cinquante pas du Roi constituèrent une formidable réserve foncière pour les futurs aménagements collectifs.
Au tournant des XVII et XVIIIème siècles, l’enrichissement du bourg permet d’entreprendre de véritables projets d’urbanisme.
Les nombreux désastres que connu la ville contribuèrent à la rationalisation de l’espace, qui néanmoins garda en son sein les traces de sa formation spontanée. Les anciennes limites des concessions et les chemins sont transformés en voiries.
A cette époque, l’habitat se complexifie, la pierre remplace le bois.
A la fin du XVIIIème siècle, le quartier du Fort connu une ultime extension grâce au démembrement de l’habitation Desruisseaux, fixant ainsi les limites définitives de la ville.
La nécessité du rang de capitale de la bourgeoisie martiniquaise imposa en 1786, d’avoir un théâtre permanent. Ce fut, le premier édifice dégagé en 1935 dans un but patrimonial.
Après la révolution française et l’abolition de l’esclavage, de nombreux édifices publics changèrent d’affectation ,mais la trame urbaine perdura dans ses grandes lignes.
Modèle d’architecture classique français, la maison coloniale de santé est fondée en 1838 par le rachat successif de maison privée, elle bénéficiait de l’alimentation en eau par le canal du Fort, grâce à un ingénieux système hydraulique mis à disposition par les bureaux du génie.
Le quartier du Centre fut officialisé en 1851. Il fallu attendre la fin du XIXème siècle pour voir se développer les faubourgs; tel que le quartier résidentiel de Fonds-Coré. S’en suivit par la suite l’intégration des villages et des quartiers périphériques, comme Sainte-Philomène, le quartier de la Consolidation ou celui de Saint-James.
L’église du Mouillage fut consacrée Cathédrale en 1853. Elle prit le nom de Notre-Dame de l’Assomption.
La vie intellectuelle s’épanouit sous la IIIème république. Le lycée Schoelcher et le pensionnat colonial formaient la nouvelle élite.
L’ouverture de l’usine centrale Guérin en 1871, fit de la ville une distillerie majeur.
L’éruption de la montagne Pelée raya Saint-Pierre de la carte, Le 8 Mai 1902.
La reconstruction de la ville fut menée en 1908, suivant l’axe de la Grand’rue, baptisée rue Victor-Hugo, du sud vers le nord.
La reconstruction des bâtiments reproduisirent ceux de la ville détruite, avec les matériaux et les techniques modernes ,comme le ciment puis le béton.

Signe de la reprise de l’activité économique de Saint-Pierre, Victor Depaz rachèta l’Habitation la Montagne en 1917 et y installa la plantation de la Montagne Pelée. Elle livre depuis, un rhum de très grande qualité (AOC).
Victor Depaz fit reconstruire la Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption. Les vestiges furent intégrés avec sobriété, sur le premier niveau de la façade.
La reconstruction du ponton et de l’ancienne chambre de commerce, en 1924, s’articula autour de la réhabilitation du marché couvert; caractéristiques de l’architecture créole.
L’architecture moderniste des années 30 s’inscrit dans l’histoire, comme la réponse à une nouvelle crise éruptive.
Depuis l’après-guerre, une légitime aspiration à un mieux-vivre de la population, se traduit par une politique volontaristed’équipement puis par la construction de logements sociaux et l’accompagnement d’auto-constructions.
Malgré le cataclysme de 1902, la ville actuelle révèle une remarquable continuité avec son illustre passé.
Indissociable de Saint-Pierre, Fort-de-France l’administrative et militaire fut fondée en 1637, par Jacques du Parquet.
Le contexte d’affrontements de la deuxième moitié du XVIIe siècle présente le « Cul de Sac Royal », comme un mouillage excellent et protégé pour les navires. Du Parquet érigea un fortin, à proximité.
Louis XIV ordonna la construction d’un fort sur la pointe du cul de sac, en 1672. A partir de cette époque, grâce à ses capacités de défense, les assauts hollandais furent repoussés.
La décision d’édifier une ville, aux alentours du fort en toute sécurité, fut actée en 1673.
Pour pouvoir s’établir, les colons devaient obtenir de la Compagnie des Indes Occidentales une concession dans l’espace à bâtir la Ville, selon un plan établi. La ville porte alors le nom de Fort–Royal. Mais le territoire est marécageux et insalubre.
Le Comte de Blénac, le gouverneur et lieutenant général des colonies françaises d’Amérique, scelle le destin de la ville en décidant de faire du « Cul de Sac Royal », le chef–lieu de la colonie, en 1692.
La ville se développa, au cours du XVIIIème siècle et, sous la IIe République, elle prit le nom de Fort–de–France.
Afin d’assécher le site de la ville et de favoriser l’essor de la ville, débutèrent en 1763, la création d’axes de drainage. Traduit par la construction d’un canal d’enceinte permettant communication entre la rivière et le port.
Le canal était destiné à recevoir les eaux des mornes cernant une partie de Fort-de-France. Ce ne fut qu’à partir de 1766, qu’il fut réellement utilisé.
Le Centre et les quartiers foyalais environnants se développèrent après 1848 et tout le long de la seconde moitié du siècle.
Le canal fut comblé vers 1857, pour laisser passer une route, la Levée. Elle marque la limite nord entre le centre-ville et le quartier des Terres-Sainville, appelé le « quartier des misérables ».
L’inauguration du bassin des Radoub en Mai 1868, positionne Fort-de-France dans la vie économique de l’île, avec de nouvelles activités portuaires.
Le port de Fort-de-France est l’un des plus vastes et des plus sûrs des Antilles. Le carénage où mouillent les navires est protégé par le fort Saint-Louis et la rade des Flamands.
Le centre-ville de Fort-de-France fut détruit le 22 juin 1890, par un incendie alimenté par le bois de construction des maisons.
L’édilité foyalaise dut relever un nouveau défi, reconstruire la Ville.
L’entrée de Fort-de-France, dans le XXème siècle fut marquée par la catastrophe du 8 mai 1902, qui anéantit la ville de Saint-Pierre.
Les conséquences furent énormes sur la vie économique et culturelle de l’île. Fort-de-France, de fait, devint le principal centre d’accueil des sinistrés du Nord et hérita de l’activité commerciale et du négoce de Saint-Pierre.
Seul grand centre urbain de la Martinique, Fort-de-France s’étendit et gagna les hauteurs pour créer de nouveaux quartiers; à desservir et à aménager.
Cette nouvelle situation hâta la réalisation d’un vieux projet de l’édilité foyalaise. Le quartier des Terres–Sainvilles fut acheté par la Ville. Victor Severe, le maire, qui en fit une « Cité ouvrière », après son assainissement

Il écrivit que c’était :
« son rêve entêté dont la pensée l’a soutenu à travers toutes les vicissitudes de la vie politique ».

L’expansion démographique sous la mandature d’Aimé Césaire fut accompagnée par la création de nouveaux quartiers : Trénelle, Grosse Roche, Citron, Berge de de Briand, Fonds Populaire, Texaco, Canal Alaric, Volga-Plage … .
Cet ancien site inhospitalier, cerné de marécages, menacé par les maladies et les fléaux, est désormais la ville la plus importante et la plus peuplée de la Martinique. Fort-de-France polarise l’espace martiniquais et doit répondre aux exigences tant des administrés résidents, que des milliers de travailleurs.
C’est à présent un grand pôle commercial, portuaire, et administratif.
L’organisation de cette mégapole et sa mise aux normes de la modernité sont les ultimes défis actuels.
Élu en ce début de siècle, Serge Letchimy, le nouveau maire, a pris pour but de résoudre le problème de l’habitat insalubre, de persévérer dans l’effort d’équipements et de viabilisation, de reconquérir le vieux centre. En accentuant son développement, Serge Letchimy envisage de faire la capitale, une plate-forme de l’économie urbaine. Le tout, en prenant en compte les problèmes classiques de toutes grandes capitales, additionné aux problèmes d’une ville tropicale.

P U B L I C I T E