Cyrille Charles Auguste BISSETTE naît le 9 juillet 1795, à Fort Royal (ancien nom de Fort-de-France), en Martinique. il est issu d’une famille aisée de couleur libres.
Son père, Charles Borromée Bisette, mulâtre du Marin a épousé en 1794, Elizabeth Bellaine, une métisse libre, fille du béké Joseph Tasher de la Pagerie, demi-sœur de l’Impératrice Joséphine.
Cyrille Bissette est l’aîné d’une fratrie de six enfants.
Il se marie en 1816, avec Augustine Séverin et devient négociant à Fort-de-France.
En 1822, au Carbet, faisant peu de cas de la cause des esclaves, il participa à la répression d’une révolte d’esclave.
Il se fit connaître en 1823, pour son appui invétéré à la cause anti-esclavagiste par le biais de l’affaire de la brochure qui le rendi célèbre, mieux connu sous le nom de « l’affaire Bissette ».
La brochure dénonce les sévices et injustices auxquelles sont soumis les esclaves.
En ce temps-là, les écrits des gens de couleurs libres étaient relativement modérés, la brochure contrastait par la force des mots. elle réclamait l’application aux noirs des mêmes droits dont jouissaient les sujets royaux dans le cadre de la Charte octroyée par le Roi en 1814. Poussant même jusqu’à proposer un rachat progressif des esclaves, la gratuité des écoles pour les affranchis et la suppression des châtiments corporels.
Monlouis Thébia et Jos Eriché, deux riches commerçants de Saint-Pierre, ramenèrent en France dans leurs bagages cette brochure. Provoquant ainsi, le courroux de l’administration de l’époque.
Bisette fut dénoncé par un certain Morando. La police perquisitionna chez lui et y retrouva plusieurs brochures, ainsi qu’un projet d’adresse à la Chambre des députés. Bissette fut arrêté le lendemain avec ses amis Volny et Fabien.
Une quinzaine de libres de Saint-Pierre furent arrêtés par les forces de l’ordre même si les plus notables dont Papy (père du futur député Pory- Papy) ne furent pas inquiétés.
De Décembre 1823 à Février 1824, tous les accusés passèrent jugement. Parmi les procès, le plus retentissant fût celui de Bissette. Il nia vigoureusement fomenter une révolte d’esclaves et être l’auteur du papier. IL fut condamné le 5 janvier 1824, en première instance à être marqué au bannissement de la Martinique et aux travaux forcés. Il se pourvoya en appel mais le procureur par intérim, de Lucy, fervent partisan des thèses racistes, le fit condamner à être marqué au fer rouge de la mention « GAL » (pour galère).
Cyrille Bissette fut transporté au fort de Brest avec quarante-six autres condamnés. Il demanda à être rejugé en cassation. L’assignation au territoire métropolitain fut cassée et il fut renvoyé avec ses complices devant la Cour royale de la Guadeloupe, qui le bannit pendant dix ans des colonies françaises.
Bissette profita d’être en métropole pour être un relais aux thèses anti-esclavagistes. Il fonda la Revue des Colonies, qui défendait ardemment la cause des esclaves, se rapprochant ainsi des inspirations l’abolitionniste du britannique Macaulay.
Le 27 avril 1848, le gouvernement provisoire de la Seconde République adopte l’abolition immédiate de l’esclavage, le nom de Bissette est acclamée par la foule. Ce qui le pousse le 9 aout 1848, à se présenter aux législatives.
Il est élu en compagnie de Pory Papy et Victor Schoelcher, avec une participation de près de 75% (chiffre qui ferait aujourd’hui rêver sous nos latitudes)mais son élection est aussitôt invalidée par l’Assemblée constituante pour incapacité personnelle due à la faillite qui avait été prononcée contre lui.
Le Tribunal de Commerce de la Seine invalide cette décision, ce qui permit à Bissette, de se présenter de nouveau et d’être élu en 1849 confortablement.
Il bénéficie du soutien des nouveaux affranchis, de la masse des cultivateurs et de blancs, tandis que Schoelcher était plus l’homme des gens de couleur et des anciens affranchis.
Bissette se prononça pour l’oubli du passé et pour une politique de réconciliation entre békés, anciens et nouveaux affranchis :
« Consentons donc à un mutuel oubli du passé et jetons loin de nous nos funestes divisions, nos préjugés d’un temps qui n’est plus, les vieilles récriminations qui ne font jamais l’affaire des partis et bien moins encore le bonheur du pays qui doit dominer et faire taire toutes les passions. »
Cette élection écrasante sur Schoelcher, en Martinique, ne fut possible qu’avec l’alliance qu’il passa avec le béké Pécoul.
Schoelcher, battu en Martinique fut en revanche élu en Guadeloupe.
Schoelcher tenace, ne cessa de dénoncer les ambitions politiques du mulâtre et de sa compromission avec les anciens esclavagistes, par voix de presse interposées.
La rivalité entre les deux hommes perd sa raison après le coup d’Etat du président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851. Bissette s’éloigna alors de l’échiquier politique.
Cyrille Bissette mourut à Paris, le 22 janvier 1858, des suites d’une longue maladie.
Sources : Antilles Politiques

