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Bâtiments Militaires

L’infrastructure et l’architecture militaire des Antilles sont indissociables de son histoire. Dès les premiers jours de la colonisation, des forts de bois et de pierres furent érigés. Par la suite, un chapelet de batteries furent installées le long de la côte afin d’empêcher tout débarquement ennemi.

Le fort Royal (rebaptisé par la suite, fort l’Olive), à Vieux-Fort (Guadeloupe) et le fort Saint-Pierre, à Saint-Pierre (Martinique) sont les premières infrastructures militaires des Antilles française.
Ils furent bâtis dans un double souci, protéger les implantations coloniales des problèmes intrinsèque et extrinsèque, représentés par les populations autochtones et les invasions Anglaises et Hollandaises. Le système d’implantation côtier des forts est dès lors orienté défensif.

Avec le temps, l’évolution architecturale des forts s’est faite selon deux orientations, l’extension et la dissimulation.
Le Fort Delgrès, ancien Fort Saint-Charles (Basse Terre) en est un très bon exemple.

Il fut dans sa première configuration en 1650, la maison particulière de Charles Houel.

Le R.P. Du Tertre (Histoire des Antilles, tome I,p.445) parle ainsi de sa construction :
« M. Houël ravy de cette association, appliqua tous ses soins à faire bastir une maison proche de la principale rade de la Basse-Terre : il la fit d’une structure toute nouvelle à 4 faces et à quatre estages. Dans chaque estage, il y a quatre chambres de plein pied, les murs sont de très belles pierres, de trois pieds d’épaisseur, et elle est fortifiée d’une terrasse à huict pointes, dont quatre couvrent les quatre coins du logis, et les quatre autres les quatre faces. Chacune de ces pointes fait une cour où l’on peut mettre des soldats pour la défendre, et l’on peut venir à cette maison que deux à deux, par une chaussée de pierre, au bout de laquelle il y a un portail quarré, où l’on se trouve toujours pris entre deux portes, sans qu’on s’en donne de garde. Au bas de cette maison, di costé de la mer, il y a une batterie de six pièces de canon qui commandent la rade, et qui la peuvent déffendre de l’abord des vaisseaux ».

Par la suite, le fort fut agrandi par deux fois, et de nombreuses modifications y furent apportées comme, la poudrière, la poterne, les cuisines et les citernes. On parle même d’un souterrain menant au « Carmel ». Il occupe avec son réseau de zones de feu entrecroisées, tout le flan du morne où il est érigé. Le système de défense est complété par une série de batteries disposées le long de la côte comme de la tour du père Labat à Baillif et la batterie de Deshaies.

Le XVIIIème siècle et ses différents conflits armés fut la période du développement de l’infrastructure militaire antillais.

Pointe-à-Pitre tout comme Basse-Terre, était une ville de garnison.
Au début du XVIIIème siècle, le Fort de l’Union, ancien Fort Louis, fut érigé sur le morne dominant l’entrée de la rade de Pointe-à-Pitre, afin d’en défendre l’accès. Il est composé d’un fort rectangulaire, avec des redents formant des bastions sur ses petits côtés; en contrebas une demi-lune de deux batteries est accostée face à la mer. Il fut un témoins clef des luttes contre les Anglais.
En 1768, en Martinique, l’ingénieur militaire Rochemore fit bâtir le Fort Desaix (ancien Fort Bourbon), selon les règles de Vauban afin de protéger le Fort Royal (Fort Saint-Louis). Le fort était considéré comme la clef de voûte de la souveraineté française dans les Amériques.
Il fut établi en deux enceintes indépendantes; ses lignes de défenses s’échelonnent de la demi-lune Nord-Est au réduit en passant par la caponnière. Les travaux s’étalèrent sur douze ans, pour se terminer en 1780.
De 1940 à 1943, il abrita sous l’administration de l’amiral Robert, Gouvernement de Vichy, une partie de l’or de la Banque de France transporté par le croiseur Emile Bertin. Il est, aujourd’hui, le siège de l’État-major des forces terrestres aux Antilles et le casernement principal du 33ème RIMA.

La batterie de l’îlet à Cochons a joué un rôle important dans l’histoire militaire de Pointe-à-Pitre. Les premières pierres de l’ensemble des bâtiments furent posées en 1793. Un an plus tard, la batterie n’empêcha pas le débarquement des Anglais. Laissés à l’abandon, la caserne et le magasin furent détruits par un incendie, en 1827. En 1843, le tremblement de terre fini de ravager la caserne. La reconstruction de la batterie débuta en 1856. Elle fut surélevée par rapport à son plan d’origine afin de protéger le corps de garde renforcé pour servir de réduit. Les travaux prirent fin en 1870.
La batterie dans son plan final, est constituée par un parapet en « U », formé par un remblai de vase. L’élément principal de la batterie est le « réduit », situé au centre de la construction. Le réduit, est un bâtiment vouté à l’épreuve de la « bombes ». L’entrée du bâtiment est situé sur la face nord et s’ouvrait sur un corridor desservant quatre petites salles puis cinq autres.
Un escalier permettait d’accéder à la terrasse supérieure, la plate forme de tir. Protégée par un couronnement crénelé avec à chaque face un parallélépipède, des mâchicoulis reposant sur des consoles en pierre de taille.
Dans les murs, à intervalles réguliers ont été aménagées des meurtrières.
La batterie fut déclassée en 1904.

Le Fort Fleur d’Épée fut érigé en 1794 sur le morne du quartier du Bas du Fort, au Gosier, en Guadeloupe.
Dominant la Grande Baie aux eaux émeraudes du Gosier, il commande l’entrée du Petit Cul de Sac Marin et de la rade de Pointe-à-Pitre. Le fort faisait parti de l’ensemble de protections, quasiment disparu aujourd’hui, avec le Fort l’Union et la batterie de l’îlet à Cochons.
Le site forme un polygone, fortifié à la Vauban.
L’entrée du fort est marqué par deux volumineux piliers en pierre de taille frappés de deux pyramides saillantes, posées sur un pied d’estale massif. Ils ouvrent sur une esplanade d’une cinquantaine de mètres de large d’où l’on distingue une poudrière, sous laquelle est dissimulé un réseau de galeries.

Le Fort Fleur d’Épée est de nos jours un musée occasionnel, où sont exposés des artistes peintres caraïbéens et européens de renoms; entre autres lors du Festag.

A Pointe-à-Pitre, sur la Place de la Victoire, se dresse la caserne d’infanterie.
Le bâtiment initial construit en 1823, fut détruit par le tremblement de terre de 1843. Il fut remplacé par un corps de caserne, formé d’un logis central prolongé par une aile dessinant un plan en « T ».
Le bâtiment est composé d’un rez-de-chaussée en maçonnerie et d’un pan de bois à l’étage. Ce système fut imaginé pour résister aux séismes.
Le bâtiment fut modifié en 1858, par la direction du Génie, pour palier au pourrissement du bois du pan. Il y fut ajouté une seconde aile au sud et le pan de bois fut remplacé par un mur de brique et de pierre calcaire.
En 1861, les travaux prirent fin et une galerie de circulation formée de colonnes en fonte, fut placée sur la façade Est de l’édifice.
Le bâtiment connu de nombreuses réaffectations au cours du XIXème siècle.
Il abrite actuellement la Sous-Préfecture de Pointe-à-Pitre et l’hôtel des impôts.

Vers la fin du XIXème siècle, afin d’obtenir des édifices plus solides, les constructions militaires utilisèrent le béton armé.
Le fort Tartenson, en Martinique est un très bon exemple d’ouvrage militaire, conçu en béton armé, en 1873. Le site est une fortification bastionnée de plan polygonale, entourée d’un fossé et d’une contre-escarpe maçonnée. Il constitue avec le Fort Saint-Louis (XVIIème siècle) et le Fort Desaix (XVIIIème siècle) la trilogie défensive des forces armées françaises en Martinique. Le fort eu pour fonction de résidence au Roi Béhanzin, Roi du Dahomey en exil; qui y résida avec sa famille de 1894 à 1898.

L’architecture militaire serait incomplète sans les hôpitaux.
La plupart des garnisons des Antilles étaient dotées d’hôpitaux militaires, dont la structure générale était généralement faite de pierres de taille.
L’ancien hôpital militaire de Pointe-à-Pitre, actuellement Lycée Carnot, reflète bien ces grandes structures maçonnées. Le bâtiment en « U » ouvre ses deux ailes vers la ville. L’édifice date de la première moitié du XIXème siècle. Sa galerie forme un double étagement de colonnes, au rez-de-chaussée et à l’étage. Les colonnes inférieures supportent le plancher en bois tandis que sur les colonnes supérieures s’appuie la charpente du toit.
En 1880, l’état cède le bâtiment à la ville, qui le réhabilita en Lycée.
Il existe cependant de nombreux ouvrages composés d’une structure métallique.
L’ancien hôpital militaire de Fort-de-France, à la Martinique en est un bon exemple, avec toute une structure faite de métal et de solides piliers en fonte.

La défense des îles fut un défit tout au long des siècles passés. Elle engendra d’une abondance de sites défensifs; aujourd’hui disparus ou sauvegardés.
L’énumération de toutes les batteries, forts, tours, etc… ne pourrai être pratiqué, leur nombre étant trop important. Néanmoins, nous avons présenté les principaux ouvrages militaires Guadeloupéens et Martiniquais.


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