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la Case

Au cœur de l’habitat rural antillais se trouve la case. Elle s’inscrit dans un ensemble (case et dépendances) qui fait appel à une gestion de l’espace. Le mode d’habiter est intimement liée à son architecture et par là même aux rapports qu’entretient l’individu avec la société. Au cours de son évolution, la case a connu bon nombre d’aménagements, les caractères essentiels de cet habitat ont été préservés. Face à la transformation qu’a connu le paysage rural antillais depuis le milieu du XXe siècle, elle reste un héritage culturel caractéristique du langage architectural créole, patrimoine historique des anciennes sociétés coloniales qu’il convient de protéger.

A l’arrivée des premiers colons, en 1635, les cases existent déjà dans l’habitat caraïbe (Callinagos). Les descriptions générales montrent qu’elles sont organisées autour d’un bâtiment à usage commun de plus grande importance dans lequel se tiennent les assemblées.

Dans son essai de géographie humaine « LA VIE PAYSANNE A LA MARTINIQUE » le R. P. Delawarde parle des « mouïnas » caraïbes, petites cases près des carbets, abritant des vieillards, enfants et femmes.

« Ils (les caraïbes/Callinagos) sont séparés par familles et ces familles sont composées de plusieurs ménages qui demeurent ensemble et sont comme des hameaux sous le père de la famille ; les fils et filles duquel sont mariés et ont chacun leur case. Ils en font premièrement une grande commune à tous de soixante, quatre-vingts et cent pieds de long, plus ou moins qu’ils appellent KAREBET. Autour de cette grande, ils en font de petites pour chaque mesnage.
Ces cases sont faites de fourches d’arbres plantées en terre, jointes avec d’autres pièces de bois, qui tiennent de l’un à l’autre. Là-dessus ils mettent des chevrons qui vont jusqu’à terre et couvrent le tout de feuille de latanier ou de roseau. On n’y vois goutte qu’à la lueur du feu qu’ils y font ou par le trou par lequel ils entrent qui est hault de deux à trois coudées. Les femmes nettoient les cases et les garçons le karebet, et la place autour. Le jour les hommes y mangent et la nuit se retirent dans les petites cases pour se coucher ».
(De l’origine, religion et autres façons de faire des Caraïbes, appelés communément sauvages, anciens habitants de la Guadeloupe, par le Père Ramond BRETON, Edition « ANNALES DES ANTILLES, n° 11).

Et voici la description que donne le R. P. Du Tertre du Carbet, dans son « Histoire Générale des Antilles » :

« Au milieu de toutes ces Cases, ils en font une grande commune qu’ils appelent Carbet, lequel a toujours soixante ou quartre-vingts pieds de longueur et est composé de grandes fourches hautes de 18 ou 20 pilds, plantées en terre. Ils posent sur ces fourches un Latanier, ou un autre arbre fort droit qui sert de faist, sur lequel ils ajustent des chevrons qui viennent toucher la terre, et couvrent de roseaux ou de feuilles de Latanier ; de sorte qu’il fait fort obscur dans ces Carbets, car il n’y entre aucune clarté que par la porte, qui est si basse, qu’on n’y saurait entrer sans se courber. Les garçons ont le soin de le nettoyer et balayer, et mesme tout autour d’y celui ».

« Elles sont regroupées en quartier unique et disposées symétriquement en files séparées par des ruelles »

Dans les premières années de la colonisation, entre 1635 et 1650, chacun s’isole et défriche sa parcelle de terre, les bourgs et villages n’apparaissant que dans le dernier quart du XVIIe siècle sur le « retranchement aux 50 pas de seigneurie » réservé à cet effet par la compagnie des Iles d’Amérique. L’habitat adopte d’autres configurations, la case du colon diffère dans sa conception des « mouinas », mais en reste inspiré. Ils employaient pour la construction de leurs cases, des bois amers, résistants au climat et aux insectes. Tel que le bois marbré, bois de fer, le courrauça, le figuier d’Amérique, le palétuvier, le bois lézard, l’angelin, le balata, le bois rouge, l’épineux, le bois rose, le gommier blanc, l’acajou rouge, le palmiste, etc…

Une grande partie de ces bois ont disparu actuellement par une utilisation irrationnelle des forêts. Le problème semble d’ailleurs demeurer au même stade de nos jours.

Témoin de cette époque, le Père Jean-Baptiste Du Tertre rapporte que :

« Les cases des simples habitants ne sont encore palissadées que de roseaux, particulièrement aux endroits où on ne craint pas les incursions des « sauvages ». Ces logements n’ont que des salles basses, divisées en deux ou trois départements, dont l’un sert de salle, l’autre de salle à manger, et le troisième de garde-manger. Celles des plus pauvres sont couvertes de feuilles de canne de roseau, de latanier et de palmiste. La cuisine est toujours séparée de la case. Elle est composée d’un petit appentis qui a cinq ou six pas au-dessus du vent ».

Installée sur une élévation, la position de la maison permettait la surveillance aisée du domaine, ainsi que l’aération et l’assèchement du logis.
Avec le développement de la concession, le domaine s’enrichit de nouvelles installations d’exploitations, « la ménagerie » qui comporte : la case à manioc ou «gragerie », la case à tabac, l’indigoterie, les logis des torqueurs, des commandeurs et des esclaves.

Le Père Delawarde, en partant des textes anciens, décrit la case du petit colon dans les termes suivants :

« Libéré, l’engagé d’hier, en passe de devenir maître de case taillait dans un bois résistant à la pourriture et aux insectes, ses poteaux de case qu’il songeait parfois à garnir d’une semelle ; dans les endroits marécageux il trouvait des roseaux, il pouvait les ficher simplement en terre côte à côte et les relier transversalement par d’autres préalablement fendus en deux. Alors, si l’on n’ajoutait rien de plus, la lumière pénétrait dans la case comme dans la cage d’un oiseau, sans fenêtres.
Une épaisse couverture de feuilles en rendait le séjour plus agréable que celui des chaumières de France, au dire des anciens chroniqueurs. A la fin du siècle, le P. Labat signale le matériau idéal pour ce genre de construction : le palmiste, dont le tronc brûlé seulement à l’extrémité qu’on enfonce dans le sol, fournit les poteaux ; fendu en deux, il procure encore sablières, sol, faîtages et chevrons ; fendu en huit ou dix parties, il donne des lattes où l’on peut tailler les chevilles qui les fixent ; les feuilles reliées ensemble par leurs folioles tressées sont les tuiles végétales les plus résistantes puisqu’elles peuvent tenir le toit de 8 à 10 ans. La case comportait ordinairement trois pièces, une salle, une chambre et un garde-manger, ce dernier de, tradition européenne, a disparu plus tard. (nota Bertrand : on observe la même disposition dans les cases Callinagos (Caraïbes) décrites par le R. P. Du Tertre).
Son toit était bas afin d’offrir moins de prise aux coups de vent, elle apparaissait propre, quelquefois coquette, et sa légèreté, l’assemblage des cloisons au moyen de chevilles offraient l’avantage de la déménager aussi facilement crue le mobilier qu’elle abritait « .
(Les Défricheurs et les petits colons de la Martinique au XVIIe siècle, Père Delawarde).

Alignées le long des rues et groupées en villages, les cases des esclaves étaient situées non loin de la maison du maître et toujours sous le vent. Les portes qui étaient aux pignons répondaient sur deux rues, lorsque la maison servaient à deux familles. Les premières cases en « Gaulettes » étaient couvertes avec des têtes de canne, de roseaux ou des feuilles de lataniers. Les murs étaient fait d’un entrelacement de gaulettes (bois ti-baume) enduit à la main d’un torchis constitué d’un mélange de terre grasse mélangée à de la bouse de vache et de la paille de canne sur lequel on pose un lit de chaux extrait de coquillages.

Le Père du Tertre décrit la case de l’esclave, comme se présentant par groupes sur les habitations.

« Elles n’ont guère plus de neuf à dix pieds de longueur sur six de large et dix ou douze de haut ; elles sont composées de quatre fourches qui en font les quatre coins et de deux autres plus élevées qui appuient la couverture qui n’est que de roseaux, que la plus part font descendre jusqu’à un pied de terre. Ceux qui la tiennent plus hautes, la palissade avec de gros pieux qui se touchent les uns les autres, sans se servir de roseaux comme les François, qui sont bien aises d’avoir de l’air ; si bien que leurs Cases sont closes comme une boëte, de peur que le vent n’y entre ce qu’ils font avec beaucoup de raison, parce que n’y étant presque jamais que la nuit, comme ces nuits sont extrêmement froides, ils seraient trop incommodé du vent et que grand air, ainsi le jour n’y entre que par la porte qui est de cinq pieds de haut.
Tous les esclaves d’une même famille bâtissent leurs Cases en même lieu, en sorte néanmoins qu’ils laissent dix ou douze pas de distance. Quand ils sont beaucoup ils font ordinairement un cercle et ils laissent une place commune au milieu de toutes les Cases, qu’ils ont grand soin de tenir toujours fort nette ».

Après l’abolition de l’esclavage et le morcellement de la terre, les anciens esclaves accèdent à la propriété par l’occupation sans titre des mormes, par la donation du maître et par la cession de l’État pour une somme symbolique.
L’architecture de la case ne change guère mise à part, en fonction de l’augmentation des revenus.

En Guadeloupe comme en Martinique, la case en bois est construite dans la tradition des charpentiers de marine avec des dimensions de 3m x 5m. Les bois sont liés un système de chevilles, tenons et mortaise.

Devenue un bien propre, l’agrandissement se fait par adjonction de pièces autour de la case centrale et parfois d’une véranda, espace de fraîcheur et de convivialité. Le bois reste aussi très présent dans les menuiseries : les fenêtres à jalousies garantissent une bonne ventilation et l’intimité des occupants. Elles sont protégées par de solides volets en bois, efficaces en cas de cyclones.

La case martiniquaise de nos jours, à des dimensions d’environ 8m x 6m. La construction proprement dite commence avec un muret qui ceinture la maison, sauf aux ouvertures, il est destiné à en accroitre la solidité.
Boulonné sur le muret, le cadre-sol en bois est destiné à accueillir la structure du toit composé de deux sablières et de cinq fermes.
Le toit est couvert par des feuilles de tôles et les murs sont en généralement en feuilles de fibro-ciment fixées entre les poteaux du cadre-sol.

La case guadeloupéenne, communément appelée « dé pyès-kaz »(deux pièces case) en créole, se présente comme un volume rectangulaire d’environ 6m x 3m, avec une charpente à deux pans.
Les parois de la case sont comprises entre le cadre-sol, en bas, et la sablière, en haut.
Les parois sont faites de planches cloutées sur l’ossature tandis que le toit incliné à 45° est coiffé, comme en Martinique, par des feuilles de tôle.
On peut encore trouver, sur la côte sous le vent (Basse-Terre), certaines maisons avec un petit galetas, cette double sablière, était destinée auparavant à entreposer le café.
Ce galetas était aéré par des ouvertures en pignon et sur la pente du toit. on note que certaines de ces maisons étaient parfois prolongées par un petit auvent, ce qui les protégeaient de la pluie.

En Martinique comme en Guadeloupe, les couleurs chatoyantes habillent chaque cases et reflétent la fantaisie de chaque artiste.
Les plantes ornementales contribuent également, à donner un aspect de décor. L’arrière de la maison est le lieu privilégié de la vie familiale, avec sa remise, son poulailler et son potager.


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