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Mai 10

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Esclavage – Le CRAN attaque l’article 5 du decret Schoelcher

L’Or des Îles associé au CRAN pour qu’enfin nous ayons la même égalité.

l’esclavage est un crime pour le lequel, on a dédommagé l’agresseur au détriment de l’agressé – situation incongrue à l’heure actuelle – c’est pour cela que nous menons avec le CRAN cette action contre l’article 5 du decret Schoelcher.

Guillaume DELENCLOS

Communiqué de presse du CRAN.

A l’occasion du 10 mai 2018, journée de commémoration de l’esclavage et des abolitions, le CRAN a décidé d’attaquer en justice l’article 5 du décret Schoelcher de 1848, qui dispose que « l’Assemblée nationale réglera la quotité de l’indemnité qui devra être accordée aux colons ».

Il s’agit donc pour le CRAN de mettre en cause ce texte qui prévoit des réparations pour les criminels (au lieu de le faire pour les victimes), et de mettre en cause l’Etat, les békés et les Blancs pays, c’est-à-dire les descendants des colons esclavagistes en Outre-Mer.

En effet, Colbert et le Code noir ayant légalisé le crime, ces familles se sont enrichies de manière honteuse, et ont ainsi construit des fortunes colossales. Par la suite, le décret Schoelcher de 1848, qui actait le principe de l’abolition, a prévu en même temps cette « indemnité » pour les anciens propriétaires d’esclaves. Ces esclavagistes ont donc reçu de l’Etat des sommes si importantes qu’ils étaient même plus riches après l’abolition qu’avant. C’est avec cette réparation à l’envers qu’ils ont pu créer la Banque de la Guadeloupe, la Banque de la Martinique, la Banque de la Guyane et la Banque de la Réunion, aujourd’hui filiales de la Caisse d’épargne et du groupe BPCE (Banques populaires et Caisses d’Epargne, 2e groupe bancaire français). Ces familles ont donc bénéficié de l’esclavage, puis derechef, de l’abolition de l’esclavage.

Aujourd’hui, elles dominent encore l’économie de ces départements. Comme l’indiquait un article de Libération il y a quelques années, « les békés, ces créoles blancs nés en Guadeloupe et en Martinique, représentent 1% de la population des Antilles françaises, 50% des terres et 90% de la filière agroalimentaire »*. Ce quasi monopole explique en grande partie la cherté des prix, contre lesquels se battent depuis des années les citoyens de ces territoires. On se souvient bien sûr des mouvements sociaux en Outre-Mer en 2009, ou en 2017, qui n’ont pas manqué de dénoncer cette situation insupportable.

Ces descendants d’esclavagistes n’ont pas seulement hérité de la fortune de leurs ancêtres ; ils ont aussi souvent hérité de leur mentalité. En témoigne par exemple le documentaire de Canal Plus, Les Derniers Maîtres de la Martinique, diffusé en 2009, dans lequel Alain Huyghues-Despointes déclarait à propos des békés : « on a voulu préserver la race (..) les historiens ne parlent que des aspects négatifs de l’esclavage, et c’est regrettable ». Condamné en première instance et en appel, M. Huyghues-Despointes a été ensuite relaxé par la Cour de Cassation.

Il est temps de crever l’abcès. Ces familles ont bénéficié de l’esclavage et ont reçu de l’Etat des réparations à l’envers, qui sont des biens très très mal acquis : le peuple français a payé pour les criminels ; or c’est les criminels qui auraient dû payer pour les victimes. Le CRAN estime que l’Etat doit faire la lumière sur les sommes en question, les récupérer et les restituer aux populations locales, via une fondation par exemple.

Le CRAN invite par ailleurs les organisations amies comme le MIR, le CIPN, le LKP et toutes celles qui soutiennent la cause des réparations, à se joindre à cette action. Le CRAN rappelle que la réparation est le principe de toute justice. S’opposer aux réparations, c’est protéger les intérêts de ceux qui ont bénéficié du crime, c’est donc être complice du crime contre l’humanité.

En 2017, le CRAN et ses partenaires ont obtenu du président Hollande la mise en place de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, le vote du Conseil de Paris en faveur du musée de l’esclavage et la restitution des trésors pillés pendant la Colonisation, actée par le président Macron lors de son voyage à Ouagadougou. Ce sont trois exemples qui montrent que la France est entrée dans l’âge des réparations. Mais il faut aller plus loin dans le processus de justice, si l’on prétend vraiment être le pays des Droits de l’Homme.

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