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Oct 26

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Interview Dé mó, kat pawol – le Créole et vous – Mark Alexandre Montout

marka-1Le 28 octobre 2016 se déroulera La Journée Internationale de la Langue et de la Culture Créole. Pour célébrer cette journée, L’Or des îles a souhaité donner la parole aux acteurs de la culture créole. De nombreux artistes, écrivains et réalisateurs ont été sollicités pour répondre à notre Interview Dé mó, kat pawol, spéciale « le Créole et vous ».

Pour ce quatrième rendez-vous, le réalisateur guadeloupéen Mark A Montout, a lui aussi accepté de répondre à nos questions.

Mark A, 

Où avez-vous appris le créole, et qui vous l’a appris ?
J’étais dans le ventre de ma mère que j’entendais déjà le créole.
Je l’ai appris naturellement. Avant même de savoir l’écrire, nous le parlions entre nous, amis, soeurs, cousins, mais jamais aux parents. A mon époque, (ça fait bizarre de dire ça lol) on ne pouvait pas s’adresser en créole à nos parents, c’était un manque de respect et je pense que cela a certainement contribué au frein de notre construction identitaire. Nous devions refouler ce que nous étions. Aujourd’hui c’est autre chose, le créole est totalement émancipé et admis dans les foyers et cela dès plus jeunes âges.

Que représente pour vous le créole en tant que langue vivante ?
Je dirais une reconnaissance, selon moi tant qu’une langue n’est pas reconnue, c’est que ni le peuple, ni son histoire ne sont reconnus.
Pour moi, que le créole soit une langue vivante, c’est une reconnaissance, une existence concrète. Le fait de le pratiquer, de le parler, de l’apprendre, c’est perpétuer justement cette histoire et de la rendre vivante.
Aujourd’hui, on peut apprendre le créole, apprendre à l’écrire, il y a des livres, des films, des musiques. Il est institutionnalisé dans les cursus universitaires,
Il est enseigné dans les écoles, avec la possibilité de passer son bac en créole. Maintenant enseigné à travers le monde, cela permet à d’autres de nous découvrir, de s’imprégner de notre culture et de son « environnement ». Je rajouterai que cela contribue au processus de conscientisation de notre identité. C’est important de savoir qui on est et d’où l’on vient.

Est-ce que le créole est une langue vivante, qui s’adapte et vit dans son époque ?
Le fait même qu’il soit devenu une langue vivante, prouve qu’il s’est structuré et donc qu’il devient une langue à part entière tel que le portugais, l’anglais ou l’espagnol.
A propos de cette capacité d’adaptation, nous voyons à quel point le créole s’adapte. La société antillaise dans laquelle nous évoluons s’imprègne beaucoup des codes des pays anglophones. Nous remarquons que notre créole s’est américanisé, de part l’influence des USA sur notre mode vie. Quand on emploie des expressions tels que  » Tchèk signe aw » ou encore « spidew » c’est issue de cette adaptation. Internet aussi contribue à l’émergence de nouveaux termes, comme « googley ».
Le créole est une langue qui s’imprègne définitivement des influences de toutes les langues. J’ai l’impression que c’est une langue riche qui peut s’adapter continuellement.

karukera-nvl-affiche-2Aujourd’hui, comment voyez-vous la transmission du créole ?
Il ne faut pas que le créole reste « underground », si je peux m’exprimer ainsi.
J’apprécie d’entendre la météo en créole et, qu’il y ait des filières qui débouchent sur des diplômes le valorisant.
La transmission du créole passe également par sa culture, les artistes locaux qui chantent en créole, qui s’exportent dans le monde, la littérature créole aussi, diffusée hors des frontières, ainsi cela permet au monde de nous découvrir. Car les peuples doivent partager leurs cultures.

Pour vous, pourquoi doit-on protéger et promouvoir le créole ?
Protéger le créole devrait être une nécessité, un devoir, car s’il disparaît, nous n’existons plus. Il faut respecter et honorer ceux qui ont jadis, lutté pour sa reconnaissance. Je me répéterai, mais nous devons le promouvoir, pour amener le monde à découvrir notre culture, nos traditions et notre histoire. A ce propos, j’étais moi même invité à Toronto et Montréal dans le cadre du mois du créole. C’est une vraie opportunité qui se porte à nous et il faut la saisir.

Pour vous que représente le mot créole ?
Tout simplement, le mot créole détermine d’où on vient, il détermine notre identité, cela fait parti de nos racines.

Qu’est-ce que la culture créole pour vous ?
Vaste question, parce que le créole est vaste. La culture créole n’est pas que noire., je parle de la couleur. La culture créole c’est la joie de vivre, c’est l’ouverture. La culture créole a cette énergie, cette chaleur qui rayonne, c’est un melting pot , elle est immensément riche.
Elle comprend l’histoire des Antilles et de l’Afrique, elle est interconnectée à la France aux Etats-Unis d’Amérique, à l’Inde…Cette culture est issue de tout cela.

Musicalement, pensez-vous que le créole puisse s’intégrer sur des partitions plus « conventionnelles » (rock, blues, techno..) ?
J’ai déjà entendu un rock de Serge Alidor. Il y a même un vietnamien qui chante du zouk en Créole. Le créole tu peux l’entendre sur des rythmes Rnb, sur de la variété française, de la pop. Le créole s’adapte facilement à tous les styles musicaux. En Guadeloupe, nous avons aussi notre hiphop rap créole! Il est donc présent dans toutes les palettes, ce qui nous permet au final, de pouvoir toucher tout le monde! Le créole est universel et peut être même sur la planète Namèque! [rire]

Pensez-vous que les créolophones peuvent être une force représentative en métropole ?
Nous le sommes déjà! Mondialement nous représentons déjà une force. Il y a plus 15 millions de créolophones recensés dans le monde. Le soucis est que la métropole ne reconnait pas les peuples. Elle reconnait juste une population, car pour la France, nous ne sommes qu’une population créole alors que nous représentons bien plus que cela. Monsieur Glissant l’avait déjà compris quand il disait que « le monde de demain serait créole tellement le brassage des cultures est inévitable avec la mondialisation ». C’est un peuple donc qui est amené à s’agrandir, à prendre du terrain et finir peut être par « créoliser » le monde.

Pour conclure cette interview, je vous laisse le mot de la fin … en créole.
Tout simplement je dirai : Sa ki la pou-w, Dlo paka chayé-y
C’est un proverbe que j’aime beaucoup, parce qu’il inculque la patience. Je pense que dans notre actuelle société, il nous faudra être armé de patience pour atteindre nos buts et concrétiser nos projets. So…Pren’y cool !

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